Disparition de Jean-Louis Quermonne : directeur de Sciences Po Grenoble de 1958 à 1969

 

Jean-Louis Quermonne (1927-2021)

Le décès de Jean-Louis Quermonne nous remplit d’une immense tristesse. Il fut successivement le premier président de l’Université Grenoble II, premier vice-président de la Conférence des président d’université, Président de l’Association française de science politique, membre fondateur du think tank Notre Europe (Institut Jacques Delors). Auparavant il fut le directeur de Sciences Po Grenoble (1958-1969), qui à l’origine devait former les cadres supérieurs de la fonction publique – une mission qui lui revient encore aujourd’hui – mais qu’il a profondément transformé et modernisé, en faisant le terrain d’expérimentation de ses qualités de réformateur.

Il eut d’emblée une claire perception des forces vives sur lesquels il pouvait prendre appui, tant à Grenoble qu’au niveau national, pour passer outre des structures sclérosées et bridées par la centralisation. Avec une énergie infatigable il va mener un projet qui correspond à ses convictions de ce que doit devenir l’enseignement supérieur, semant les germes qu’il appartiendra à ses successeurs de faire fructifier.

Bon connaisseur du fonctionnement de l’État, il connaît le potentiel de modernisation des « administrations de mission » que sont le Commissariat général au Plan et la DATAR (Délégation interministérielle à l’aménagement du territoire). Conscient qu’un établissement d’enseignement supérieur ne peut se développer sans intégrer la recherche, il crée, avec le soutien du CNRS, de la DATAR et de la Fondation nationale des sciences politiques un nouveau centre de recherche, le CERAT (Centre d’études et de recherches sur l’aménagement du territoire).

Il lui faut trouver aussi le moyen de disposer d’un personnel propre pour la recherche et la documentation : reprenant une terminologie alors à la mode, les deux IEP de Grenoble et Bordeaux sont reconnus comme « IEP d’équilibre », ce qui leur permet de recevoir des postes et des crédits passant par la FNSP. Reconnaissons l’ingéniosité avec laquelle, dans un monde bureaucratique fortement normé, il trouve des solutions en dehors des schémas établis, avec l’appui d’administration qui se veulent elles-mêmes novatrices et créatrices de nouveaux schémas d’action.

Même solution de fortune pour permettre à des étudiants de Sciences Po Grenoble de préparer un doctorat, alors que c’est la Faculté de droit qui prépare au doctorat de science politique. Jean-Louis Quermonne obtient l’accord du secrétaire général de la FNSP pour rattacher ses thésards à la solution qu’a mise en place Sciences Po Paris : il a créé par convention avec la Faculté des lettres un doctorat ès-lettres, mention science politique.

Signalons aussi le souci constant de Jean-Louis Quermonne de faire reconnaître l’autonomie de Sciences Po Grenoble, tant au plan administratif que matériel. Lors de la création du nouveau campus, il lui fallut beaucoup d’énergie, avec le soutien du doyen Weil de la faculté des sciences, pour obtenir la construction d’un bâtiment autonome pour Sciences Po Grenoble. Le libre choix de l’architecte, Monsieur Pouradier-Duteil, lui permit d’édifier la première tranche autour d’un patio où pouvaient se détendre les étudiantes et étudiants à la sortie de leurs cours ou de leurs conférences de méthode.

 

Quand Jean-Louis Quermonne revient comme professeur à Sciences Po Grenoble, en 1989, il s’inscrit pleinement dans le mouvement d’internationalisation développé par l’établissement au cours des années 80. Partisan, sans dogmatisme, d’une fédéralisation de l’Union européenne, il consacre ses recherches et ses réflexions sur le perfectionnement de ses institutions dont il a acquis une connaissance approfondie auprès de son ami Jacques Delors, à travers le centre d’étude « Notre Europe », devenu aujourd’hui l’Institut Jacques Delors. Par ses cours, ses séminaires de troisième cycle, ses directions de thèse, il apporte une dimension nouvelle qui manquait à Sciences Po Grenoble et amplifie les échanges avec les universités européennes. Sciences Po Grenoble a pu en profiter jusqu’à aujourd’hui, avec des programmes d’échange, des parcours internationalisés et une ouverture au monde sans faille.

Enfin, Jean-Louis Quermonne fut un homme de consensus et d’écoute. Il était attentif et accessible, tout en exigeant de chacun qu’il donne le meilleur de lui-même. Il a été un pédagogue remarquable, d’une disponibilité permanente, profondément passionné par la progression des étudiantes et étudiants. Jusqu’il y a peu de temps encore il lisait des manuscrits que nous lui soumettions, les commentait avec sa bienveillance et son sens d’humour légendaire.

Sciences Po Grenoble a perdu un directeur hors pair. Nous lui sommes profondément reconnaissants pour ce qu’il nous a permis de réaliser à la tête de cet établissement qu’il avait façonné.

 

Jean LECA, directeur de Sciences Po Grenoble de 1969 à 1971
Yves SCHEMEIL, directeur de Sciences Po Grenoble de 1981 à 1988
François D’ARCY, directeur de Sciences Po Grenoble de 1988 à 1995
Henri OBERDORFF, directeur de Sciences Po Grenoble de 1995 à 2002
Pierre BRECHON, directeur de Sciences Po Grenoble de 2002 à 2005
Olivier IHL, directeur de Sciences Po Grenoble de 2005 à 2012
Jean-Charles FROMENT, directeur de Sciences Po Grenoble de 2012 à 2020
Sabine SAURUGGER, directrice de Sciences Po Grenoble depuis 2020